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Le Théâtre National de Nice : un CDN aux multiples défis

Jeudi 15 novembre 2018, il est 17h30, une dernière rencontre nous attend : direction le Théâtre National de Nice, un des deux centres dramatiques nationaux de la région PACA. Nous sommes accueillis par Ella Perrier, secrétaire générale, travaillant pour le TNN depuis une trentaine d’années et par Thierry Tordjman, directeur adjoint, qui lui, vient fraîchement d’arriver.

© Camille Laurent

Un centre dramatique national

Labélisé Centre Dramatique National (CDN) en 1974, le Théâtre National de Nice occupe depuis 1989 ce bâtiment en bordure de la promenade du Paillon, et voisin du MAMAC. En 2014, Irina Brook succède à Daniel Benoin à la tête du TNN. Nouveau visage, nouvelle programmation et nouveau projet mené par cette actrice et metteure en scène dynamique. Depuis 4 ans, Irina Brook a donc mené l’équipe du TNN autour d’un désir d’ouverture du théâtre à une large majorité de Niçois et d’habitants de la région. Entendant favoriser la création et le soutien des jeunes compagnies, elle mène une programmation qui a pu, à ses débuts déstabiliser le public d’habitués, friand des têtes d’affiches proposées par l’ancien directeur. 

Si un CDN se doit de s’ancrer dans son territoire et d’y toucher un large panel de public, il lui faut aussi s’adapter à l’histoire et à la politique culturelle de sa ville et de sa région. Dès notre premier rendez-vous avec l’adjoint au maire à la culture, Nice nous a été présentée comme fortement attachée à sa culture des arts visuels, et le milieu du spectacle vivant dont fait partie le TNN semble y jouer un peu le second rôle. Pour élargir sa présence au niveau national, le TNN s’inscrit aussi dans le réseau des autres centres dramatiques nationaux français, grâce à des projets de co-production et grâce à son implication au sein de l’ACDN (l’Association des centres dramatiques nationaux).

Enfin, le TNN est aussi fortement relié à ceux qui le financent: d’abord au Ministère de la Culture, qui lui permet de bénéficier du statut de CDN et qui le subventionne à hauteur 1,4 millions d’euros annuels, mais aussi la ville qui est un soutien financier d’importance puisqu’elle donne même plus  que l’Etat (2,2 millions d’euros), le département et la région participent aussi au subventionnement. Les ressources propres de la billetterie représentent 15 à 30 % du budget.

 

Un public qui se renouvelle difficilement

Lors de cette rencontre, nous avons également abordé la question des publics avec tout d’abord une évolution de l’équipe. En effet, au début il n’y avait qu’une seule personne qui gérait le service de la communication/relations publiques et de la programmation/production. Aujourd'hui, l’équipe du TNN compte plus de 20 salariés.

 

Ensuite, Ella et Thierry ont abordé un sujet qui nous intéresse : le public, et notamment les procédés employés pour le renouveler. S’ils ont naturellement recours à des échanges grâce à un réseau entre les lieux, le TNN est également connu pour ses ateliers et son parcours d’itinérance. En effet le concept consiste à ce qu’un artiste présente une « petite forme » d’un spectacle, gratuitement, le but est très simple : créer une relation et communiquer auprès d’un nouveau public. 

Ce procédé est notamment lié au projet d’Irina Brook et son idée d’ouverture avec la volonté de vouloir toucher à la fois leur public “ancien” mais également un nouveau public afin de rendre le TNN accessible. Ils s’ouvrent sur la ville avec la troupe “Les éclaireurs”, menée par la directrice : des petites formes itinérantes et des ateliers dans les établissements scolaires, des maisons de retraite, centres sociaux etc. Si c’est une action permettant de trouver un nouveau public, c’est également un excellent moyen de communication. De plus, s’ils ont 6000 abonnés la majorité d’entre eux est un public scolaire au nombre de 4000, sans compter les 1200 places offertes par an au collège et lycée, ces places étant une contrepartie à la subvention donné par la Collectivité Territoriale. Pour s’adapter aux nouvelles manières de fonctionner et à la baisse des abonnements, ils facilitent également les achats de dernière minute. 

Au sein du TNN, il est constaté que le public fidèle est un public qui vient depuis longtemps mais surtout que ce théâtre est en souffrance aujourd’hui. Néanmoins, l’équipe en est consciente et veut aller au-delà de son public d’habitués et sait à quel point la programmation mais aussi les réseaux sociaux ont un réel impact sur la venue du public. 

 

Un contexte délicat

Ella et Thierry ont également fait preuve d’une certaine transparence en nous confiant les difficultés rencontrées par le TNN ces derniers temps. En effet, remplir aujourd’hui les quelques 963 places de la salle Pierre Brasseur s’avère parfois plus compliqué qu’hier. Si pendant longtemps le TNN avait le quasi-monopole du spectacle vivant dans la région niçoise, c’était avant l’ouverture d’Anthéa en 2013, la nouvelle salle de spectacle d’Antibes, située à vingt kilomètres seulement de Nice et qui compte déjà plus de 12 000 abonnés. A cette nouvelle concurrence s’ajoute le fait que la ville de Nice ne s’ancre pas dans une tradition de spectacle vivant et donc, qu’une programmation exigeante comme doit l’être celle d’un CDN peine à attirer la foule – qui est par contre, facilement séduite par des têtes d’affiche -. Enfin, Ella Perrier reconnaît faire partie d’une équipe qui n’est peut-être pas à l’aise avec les manières modernes de communiquer. Nous avons tous beaucoup apprécié la franchise dont ils ont fait preuve et qui témoigne d’une remise en cause nécessaire dans leur manière de travailler.

 

Camille Billouard

Anaïs Le Fur

Manon Loury

 

Site internet du TNN: https://www.tnn.fr/fr/

 

Voir aussi

2018
Nice

Du 15 au 17 novembre 2018, destination Nice sur la côte d'Azur.Trois jours de rencontres et de visites culturelles avec les acteurs phares de la ville (Mairie, Villa Arson, TNN, Villa Masséna, Le 109, le MAMAC, la cinémathèque ..). Retours sur ce séjour ensoleillé et sur la découverte d'une grande richesse culturelle passée, présente et ouverte sur l’avenir.