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Le MAMAC de Nice

Lors de notre séjour nous avons fait escale au Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de la ville de Nice le 15 novembre 2018. Ce dernier a ouvert ses portes le 21 juin 1990 au plein cœur du centre-ville de Nice sur la place du non moins célèbre Yves Klein. Tout comme son emplacement le musée célèbre les artistes contemporains de la région; Ben, Klein (…). Il se trouve en contrebas d’une esplanade aménagée avec des œuvres de Niki de Saint-Phalle et suit le fil du parcours de sculptures installé à Nice. 


          


 

Le MAMAC s’étend sur 4500m2 ce qui en fait le plus important musée de Nice, et s’élève sur trois étages :

- Le premier étage est réservé aux expositions temporaires 

- Le second étage est principalement réservé à la monographie 

- Le dernier étage est quant à lui réservé aux thèmes imposés par la ville

En tant que musée municipal ses budgets et sa direction sont gérés par la mairie de la ville. Il fait partie d’un réseau de 14 structures dont deux galeries des années 50. Le musée retrace d’ailleurs l’histoire de l’art contemporain des années 1950 à aujourd’hui avec une part importante accordée aux années 1960, à la société de consommation et ses nouvelles pratiques artistiques.

La médiation au musée 

Le musée existe à travers la médiation de ses œuvres qui sont le reflet d’un travail artistique valorisé à l’aide des stratégies mises en œuvre par notre intervenante Lélia Decourt-Mori (en charge de la médiation). Depuis les années 1950, une politique d’acquisition des œuvres a été mise en place. Celle-ci vise à doter le musée de collections d’œuvres lui appartenant et d’ainsi d’appuyer son positionnement. De plus, le musée peut compléter cette collection grâce à une politique de donations gérée par la DRAC.

Ainsi, il y a un choc entre la médiation et le financement; certain se tourneront plus vers le financement d’exposition que vers la simple médiation. Il s’agit donc de toucher la plus grande part du public en posant les bonnes questions afin de limiter l’absence de certaines cibles. Pour cela des ateliers d’arts plastiques sont mis en place, avec des visites commentées sous un format d’1h30 (1h de pratique et 30 minutes de visite). Mais aussi des visites plus basiques dites « à la chaine » avec un public scolaire extrêmement présent. Des événements sont aussi proposés tel que Mars au Musée, La Nuit des Musées ou encore les journées du patrimoine.

Pour finir la médiation fonctionne aussi grâce à un réseau local et associatif où l’apport des bibliothèques est en baisse et les écoles d’art se joignent peu. Mais le master en médiation de l’université de participe à l’élaboration d’un festival tout comme nous pouvons le faire dans ce master.

 

Focus sur l'autel OAS 62 de Niki de Saint-Phalle

Niki nait en 1930 et meurt en 2002. Elle a été mannequin, réalisatrice, peintre et sculptrice. Elle a formé un couple emblématique avec Jean Tinguely. Durant sa jeunesse, elle a été abusée sexuellement par son père. A 23 ans, elle a souffert d’une dépression, a séjourné en hôpital psychiatrique, c’est la peinture qui l’a sauvée. Artiste à la sensibilité exacerbée, en guerre contre ses propres démons, l’art constitue pour elle un apaisement. Elle est à la recherche d’émancipation, dans un monde dominé par les hommes, elle est militante, engagée dans des combats de société du XXe siècle, comme le féminisme, la question de la religion, l’égalité raciale, la lutte contre le sida.A7432794-1A21-43C1-B8D4-588BB394AD0C-L0-001.jpeg

Un an avant la création de l’autel OAS, elle quitte son mari, ses enfants, et sa situation confortable pour rejoindre l’avant-garde et le mouvement des nouveaux-réalistes. Elle fait des portraits cibles et commence à tirer avec des armes sur ses œuvres en 1961. Elle emploie le mot tir à la française comme des tirs d’armes, ou à l’anglaise (tears) comme des larmes. Dans les deux cas, cela évoque la déchirure. Pour elle, chaque tir déchire sa victime, que la victime soit un corps humain ou une œuvre d’art. A la suite du tir, la victime est percée, déchirée et laisse couler du sang comme laisse couler de la peinture. Elle dira « J’ai tiré sur tous les hommes, papa, mon frère, la société, l’Eglise, le couvent, ma famille, moi-même. J’ai tué la peinture, elle est ressuscitée, guerre sans victime. ».  

 

Elle réalise une série d’autels inspirés de retables du 13e s. Elle opère le détournement d’une œuvre christique à l’époque en présentant cet « autel OAS » lors de sa seconde exposition personnelle à Paris, à la galerie Jean Lacarde, en juin 1962. L’œuvre coïncide avec un choc émotionnel de Niki, celui de la mort d’Yves Klein. L’autel est doré, elle parodie le faste des dorures de l’ostentation baroque.

Il est semblable à l’autel du chat mort réalisé la même année. OAS évoque aussi une Œuvre d’Art Sacrée, c’est une critique de la religion chrétienne. Elle y retranscrit les angoisses de son enfance passée dans une éducation catholique stricte. Le retable est scandé par des armes à feu, des carabines chargées de munitions, la sacralité est donc démystifiée. En utilisant ce terme d’AOS pour évoquer deux choses opposées, elle banalise l’objet sacré. A travers l’expression novatrice de l’art contemporain, elle dénonce l’universalité de la sacralité de l’art.

On y voit des carabines pointées vers un christ crucifié et de petits crucifix. On y voit aussi une chauve-souris morte au-dessus une pierre tombale, symbolisant la mémoire aux victimes. La chauve-souris incarne l’OAS comme figure sanguinaire, faisant référence au territoire algérien colonisé et vampirisé. Les rats incarnent la violence bestiale du groupe terroriste. On y voit des vierges qui côtoient une odalisque, de manière à désacraliser la religion. Le serpent incarne une phobie de l’artiste, ses peurs sur la religion, la guerre. Les animaux morts sont vus comme les victimes. Ainsi, l’autel a une portée diabolique et perd son rôle saint. L’artiste représente le blasphème : l’autel incarne la rencontre du sacré avec ses images, ses statues et le profane avec les meurtres, les corps ensanglantés.

Lien vers le site : http://www.mamac-nice.org 

 

Voir aussi

2018
Nice

Du 15 au 17 novembre 2018, destination Nice sur la côte d'Azur.Trois jours de rencontres et de visites culturelles avec les acteurs phares de la ville (Mairie, Villa Arson, TNN, Villa Masséna, Le 109, le MAMAC, la cinémathèque ..). Retours sur ce séjour ensoleillé et sur la découverte d'une grande richesse culturelle passée, présente et ouverte sur l’avenir.