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Le Centre de développement national de danse Pôle Sud

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Photo 1 : issue du site internet officiel du CDCN de Strasbourg

 

Jeudi 14 novembre direction le CDCN de Strasbourg situé au 1 rue de Bourgogne, 67100, aux alentours : une cinémathèque et une bibliothèque.

Arrivée légèrement retardée mais à bon port, nous prenons place dans l’enceinte du Centre de Développement Chorégraphique National Pôle Sud dans les environs de 13h pour une rencontre avec Nicolas Dautier; le Directeur adjoint du CDCN. Après avoir fait des études en droit et en sciences politiques, Nicolas Dautier a connu diverses professions; dans l’architecture, la restauration, les arts visuels, pour enfin renouer avec le milieu de la danse qu’il a un peu pratiqué quand il était petit.

 

Aux origines de sa création

Le CDCN Pôle Sud fête cette année ses 30 ans, tel qu’il a été mis en place en 1989, mais il existait bien avant cela. 

Ancienne MJC pendant l’après-guerre, elle est née de l’idée de créer une salle de spectacles de 300 places avec comme valeurs fondatrices la culture et l’éducation populaire.

Avant cela, aucun budget n’était alloué pour un tel équipement pour le spectacle vivant, il n’existait aucun centre de danse, chant ou de jazz à Strasbourg. 

 

Pendant longtemps les deux esthétiques fortes dans sa programmation étaient la musique jazz et la danse contemporaine. Le dispositif du ministère de la musique et de la danse lui donne très rapidement le statut de scène conventionnée qui restera le sien pendant longtemps jusqu’à ce qu’un nouveau conseiller prenne poste à la DRAC et propose à la MJC de devenir un centre de développement chorégraphique, le jazz peu à peu évincé au profit de la danse contemporaine.

 

Le CDCN doit dès lors répondre à un cahier des charges définissant ses missions : 

- la diffusion 

- l’accompagnement de la création 

- l’accompagnement des publics

- l’accompagnement des artistes et des professionnel•le•s (aide à la structuration et professionnalisation)

Un lieu de résidence pour les artistes 

L’histoire du lieu s’est faite à partir de la présence d’artistes qui logeaient sur place.

Dès le départ il y avait la présence de la résidence d’artistes ce qui impliquait une subvention de 100 000€ de l’Etat. 

Pôle Sud a beaucoup évolué avec le temps et compte aujourd’hui en plus de la salle de spectacle un studio pour pratiquer pour les amateurs, un studio pour les pros et des locaux pour l’école de musique (locaux hérités de la MJC). Il travaille aujourd’hui également en collaboration avec la direction du festival Jazz d’Or.

Le CDCN s’inscrit désormais sur deux axes : la création chorégraphique et la rencontre avec le public.

 

             

Photo 2 : salle de spectacle (jauge de 300 places environ), crédit photo: Codo Toafode Cédric

 

C’est le seul CDCN de la région Grand Est, un label qui lui a donné une légitimité et lui a permis de développer deux nouveaux dispositifs : 

  1. L’accueil studioqui représente une dépense de 55 000 € (8-10 compagnies/ an accueillies en résidence hébergement/ défraiement/ voyage/ salaires)

  2. Les artistes associé•e•s sur le long terme (45 artistes tous les 3ans, censé•e•s être présent•e•s entre 8 et 10 périodes de l’année), ce qui représente une dépense de 45 000€.

Son mode de financement

Son budget total est de 2 millions d’euros : la moitié vient de la ville de Strasbourg (qui finance aussi les travaux et la rénovation du lieu) ; l’Etat représente 290 000€, la région environ 95 000 € et le département 22 000 €.

A cela s’ajoute les fonds propres qui correspondent à la billetterie. 

Pour obtenir des moyens supplémentaires de financement, le CDCN procède à des appels à projet pour le mécénat ou autre (ce qui représente entre 60 et 100 000 euros). Le mécénat est néanmoins peu développé stratégiquement puisque le CDCN ne se veut pas être un lieu de prestige, il  ne souhaite donc pas embaucher un personnel dédié à cette fonction. 

Le budget se négocie sur 4 ans. Le projet à proposer doit s’inscrire dans les politiques publiques de chacun•e (région, département) et dans le respect du cahier des charges en tant que centre de développement (leur label) donc dans le respect des missions commanditées par l’Etat. 

Son effectif

Il se compose d’un poste en conseil artistique, de 3 personnes en médiation + 2 personnes en communication, 2 personnes en techniques (régisseur général + un autre technicien), 15 professeur•e•s de musiques salarié•e•s à temps partiel + un poste en relations publiques

+ un corps d’intermittent•e•s

 

Une action avec les publics marquée par un engagement pour l’éducation populaire

Nicolas Dautier aborde en 1er lieu les enjeux importants de travailler avec la proximité, le CDCN a ainsi mis en place un réseau prioritaire notamment avec des collèges et des classes à horaires aménagés. Il a également mis en place un réseau « Risob » qui nécessite du temps pour construire des relations sur le long terme. 

En ce qui concerne les relations avec le public jeune, l’idée est de les faire entrer dans l’univers de l’artiste par la rencontre avec d’un côté la pratique, de l’autre, la visualisation d’un spectacle. 

Le CDCN mène ainsi des actions d’éducation populaire ; il travaille en étroite corrélation avec l’éducation nationale : différents outils sont mobilisés pour donner une pédagogie de la culture et en particulier de la danse aux élèves dans une volonté d’en faire des sujets actifs.

Le CDCN a acquis aujourd’hui un réel réseau de professeur•e•s qu’ils forment à ce projet. Très sollicité, il ne peut d’ailleurs pas répondre à toutes les demandes. Nicolas Dautier nous décrit les effets positifs de ces actions sur les enfants : l’ouverture d’esprit, la curiosité, la pratique et le développement de leur imaginaire.  Dans le cadre de la politique de la ville et du territoire, les enjeux sont de travailler avec des familles nous dit-il : c’est à dire du public non captif et non averti. Le CDCN assure ainsi la rencontre du lieu avec les parents et les élèves.

 

Photo 3: entrevue avec Nicolas Dautier,  crédit photo : Codo Toafode Cédric

Quelle marge de manœuvre en tant que centre de développement qui doit explicitement répondre à un cahier des charges, et en tant que structure de service public ancrée dans une ville, un territoire ?

 

Le CDCN répond à plusieurs commanditaires du fait de la provenance de ses financements : l’Etat donne seulement 290 000 euros, tandis que 80% provient des collectivités territoriales. En outre le CDCN ne doit pas être endetté de plus 2% pour respecter les politiques culturelles des collectivités.

Une situation paradoxale en termes de missions puisque le CDCN doit répondre aux exigences de commanditaires aux objectifs variés. Il doit en effet, répondre en même temps aux politiques du département, de la région tout en restant dans le respect du cahier des charges commandité par l’Etat. Il est donc pris dans un jonglage incessant pour satisfaire les exigences de ces 3 donneurs d’ordre, d’où sa difficulté à se positionner parfois. 

Mais c’est également cette triple injonction qui met en lumière l'envergure de l’enjeu que doit relever le CDCN, témoin du défi ambitieux qu’il s’est fixé.

 

Pour ce qui est des projets futurs; un projet extrapole est en développement (à l’extérieur du CNDC) fonctionnant sur la base du volontariat. Nous n’en savons pas plus pour l'instant… à suivre. 

Plus d’informations : https://www.pole-sud.fr/ 

Article  rédigé par Noémie JOLY