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Conférence : Horizons numériques des images photographiques

Des balbutiements photographiques de Nicéphore Niepce au traitement numérique de l’image aujourd’hui, il y a …. bien plus qu’un pas.

Aucune des inventions en matière de photographie n’a pu passer inaperçue. Du daguerréotype à l’image numérique, elles ont toutes au contraire suscité de très nombreuses réactions. Ce jeudi 25 novembre 2004, à Chalon, les conférenciers parlaient de l’avenir numérique de la photographie avec enthousiasme et optimisme pour le premier, avec prudence et circonspection pour le second, avec pragmatisme pour la troisième.

Edmond COUCHOT, professeur à l’université Paris 8, avait intitulé son intervention «L’image autonome, entre vie et intelligence artificielle».Il a d’abord rappelé les transformations de l’image photographique au fil du temps (perfectionnement de l’automatisation, développement des techniques de modélisation, apparition du numérique, etc.), pour en venir à la question actuelle de l’autonomie que peut acquérir une image numérique dotée d’une intelligence artificielle. Quand la funambule de chair et de sang, liée par des capteurs à sa représentation virtuelle, inculque à celle-ci un mouvement déséquilibrant, l’être de synthèse s’agite, utilise pour ne pas tomber du fil ses bras, sa tête, son corps tout entier. Parfois, comme son double humain, la funambule née de l’intelligence de l’homme ne parvient pas à retrouver l’équilibre. De même parfois, la danseuse virtuelle rate son pas de danse. Ce qui amène de nombreux chercheurs à se demander si vie et intelligence artificielles sont synonymes d’autonomie réelle, et si, puisque –comme un système vivant auto-poïétique– une machine est capable de créer ses propres lois, cette capacité auto-poïétique fait d’elle un système vivant.

Philippe CHAUDRÉ, photographe, avait choisi de traiter du «rapport au réel encore différent» qu’instaurent les évolutions récentes, sans cacher les inquiétudes qu’elles lui inspirent.Le téléphone mobile avec appareil photo intégré est en train de faire de tout un chacun un «témoin de son temps», rapporteur de choses vues : un « nouveau photojournalisme » est en train d’émerger, ce dont témoigne la création d’agences de presse en ligne pour recueillir ce nouveau flot d’images. Le développement de «l’image intelligente», slogan de FUJIFILM, incite à la prudence : les systèmes de correction des défauts (flous, distorsions, contraste, luminosité) ou de simulation avant numérisation, représentent certes un gain de temps pour le photographe et une «vulgarisation» des techniques professionnelles pour l’amateur ; mais quand une image intelligente est celle qui retrouve seule un visage au milieu d’une foule (technique utilisée à des fins policières dans les stades anglais pour faire la chasse aux hooligans), on n’est plus très loin d’une dérive dangereuse remettant au goût du jour le spectre de l’Etat policier. Il y a, dans toutes les innovations, du bon et du mauvais. L’essentiel étant de savoir les discerner.

Sonia FLORIANT, du Musée Nicéphore Niepce, souhaitait évoquer les « dispositifs innovants d’étude et de valorisation des collections ». Le Musée a hérité d’une vaste collection de photographies (1700 pièces de 200 artistes) ayant appartenu au critique d’art Bernard Lamarche-Vadel décédé en 2000. Constatant l’impossibilité d’exposer l’ensemble de ces images-oeuvres, le Musée Nicéphore Niepce a décidé de mettre la technologie au service de l’art : l’intégralité de la collection a été numérisée, organisée, classée, et intégrée au système de l’Institut Image des Arts et Métiers, Le MoveTM, le but étant d’en rendre compte en entier. Car pour Sonia Floriant, ne pas exposer une image, c’est la confisquer au regard des autres, confiscation illégitime selon elle. Ainsi la collection entière est-elle potentiellement visible pour qui veut bien utiliser CORPUS, l’application interactive qui permet la projection sur un écran de toutes les photographies. Le spectateur se trouve ainsi au centre du dispositif, et c’est là l’intention du musée qui prône un art plus proche des individus.

Marion Legay